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26/10/98 Sortie du premier numéro de la revue L'ALPE
Edition Glénat et la Conservation du Patrimoine de l'Isère

Au sommaire, un article " Cadran solaire de berger" par l'Atelier Tournesol
Cadeau pour chaque abonnement,
un cadran de bois tourné
calculé à l'heure de Grenoble
par J.F. Dana, gnomoniste de l'Atelier Tournesol


Article pour L'ALPE N°1
© Atelier Tournesol. Droits de reproduction réservés
Dans la poche du berger dort un cadran solaire de hauteur*

"Lorsque l'on tient entre deux doigts, le cordon qui permet de faire penduler tel un fil à plomb, un petit cadran dit de berger, naît un sentiment de mystère et de respect pour cet objet du patrimoine créé pour de simples voyageurs, en buis, en os. A la cour des princes, il existait aussi des trésors d'orfèvrerie, des pièces en ivoire ou en cuivre doré calculées par l'astronome-horloger.
L'usage répandu depuis le XIème siècle, de cet ancêtre de la montre était très populaire. Il était encore courant chez les bergers des Pyrénées au début de ce siècle.

Les techniques de construction du cadranier varient selon sa dextérité: le diagramme peut être gravé ou peint sur bois, voir imprimé sur du papier collé et vernis pour les cadrans fabriqués en petite série avec parfois des notices jointes. Les 12 signes du zodiaque peuvent rajouter une ornementation, symbolisant les constellations. Des inscriptions sont souvent calligraphiées : date, lieu, devises et blasons, signature du constructeur ou du propriétaire.

"Cherchié méjou a 14 ora"
Pour comprendre son emploi, il faut garder à l'esprit que le soleil passe deux fois par jour à la même hauteur par rapport à l'horizon et chercher minutieusement à percer le secret des chiffres, des inscriptions, des verticales et des courbes qui ont rendez-vous avec une ombre fugitive.
Très astucieuse, la montre solaire est dépliable, telle une lame de couteau de poche. Dans le cabochon de cette petite quille, se cache son style*, une fragile lame métallique qu'il faut déplier. Par une première mise au point, en tournant le chapeau autour de l'axe central, on amène le style au dessus de la date du jour: on lit, à la base du fût, les initiales des mois subdivisés en trois, de dix jours en dix jours, d'où dix-huit parties égales représentant chacune une décade. Cette division annuelle couvre deux fois 6 mois, une même verticale servant deux fois à des dates symétriques par rapport aux solstices d'été ou d'hiver.
Le style a donc deux positions possibles: escamoté, protégé dans le creux du cylindre, ou déployé horizontalement. Deuxièmement on l'oriente en direction du soleil: son ombre se projette alors bien verticale sur la colonne. Pour une meilleure lecture, il est préférable d'attendre que coïncident l'ombre du style et une ligne horaire. Les courbes horaires sont numérotées en deux rangées verticales de chiffres: celles du matin descendent et croissent jusqu'à midi celles de l'après-midi remontent. Le bout de l'ombre indique l'heure solaire vraie du lieu*.
Le cadran est utilisable toute l'année mais il n'est pas très précis au milieu de la journée de 11h à 1h d'Août à Avril: comme on peut l'observer sur le cadran les deux courbes (11h-1h et 12h) se touchent presque en plein hiver: en effet le milieu de journée est le moment de la culmination du soleil et sa hauteur varie peu.
Ce cadran solaire portable est fondé sur les variations de hauteur du soleil; un gnomoniste dirait plus précisément "l'élévation du soleil sur l'horizon permet l'estimation de la longueur de l'ombre du style sur un cylindre". En fait, sur cet archaïque cadran de voyageur, la course journalière de l'ombre insaisissable du temps, est domestiquée.

"Le soleil est la plus grande horloge du monde" écrivait Voltaire.
A toute époque, l'évaluation de l'heure fut vitale pour l'homme, aussi le précieux cadran était rangé dans un écrin de cuir ou de bois. Même dans sa fabrication la plus sobre en buis tourné, il était un lien qui reliait les voyageurs et les bergers dans les montagnes à l'observation de la nature, aux mouvements des astres. Gravée sur le fût du cadran, la succession des mois, rappelle la révolution annuelle du globe terrestre tournant autour d'une grande étoile appelée Soleil. Quand nous jouons à observer sa surface minimale, ce malicieux cadran nous fait tourner sur place, en vitesse accélérée, d'heure matinale en vespérale, de jours, de décades en année.

Un tour du monde en partant de Grenoble avec en poche un cadran de voyageur
La particularité de ce cadran de hauteur est d'être calculé pour une latitude déterminée. Il n'est donc utilisable qu'au voisinage de son parallèle*, le 45ème Nord. Suivons le en partant de Grenoble et pourquoi pas du Musée Dauphinois, en empruntant un des trois cadrans de berger de ses collections, latitude 45° 12' Nord, Longitude 5° 44' Est d'après le GPS. Cette ballade nous fait couper les 24 fuseaux horaires. Ce tour du monde est beaucoup plus court que celui qui suit le méridien par les pôles Nord et Sud, guère plus de 28 000 kms passant par Turin, Belgrade, Odessa, survolant la mer d'Aral, la Mongolie, Vladivostok. En quittant la pointe Nord du Japon au Détroit de la Pérouse, on traverse le Pacifique pour toucher les Amériques vers Portland, on dépasse Minneapolis, Montréal et Halifax pour franchir l'Atlantique et revenir à Grenoble par Bordeaux . Tout le long de ce chemin, on pourra utiliser notre montre de berger: celle-ci, calculée pour cette latitude donnera l'heure à Portland alors qu'elle ne sera pas précise à Paris!
Bien sûr, "chacun voit midi solaire à sa porte", il n'est pas la même heure au même moment en deux villes différentes du même parallèle: Il y a près de 8h 30 minutes d'écart entre l'heure solaire à Portland et celle à Grenoble.

Mais de nos jours, comment convertir l'heure solaire vraie d'un cadran, à l'heure moyenne légale du pays indiquée par les montres à quartz?
- Vous devrez tenir compte de trois corrections: du fuseau horaire (en France premier fuseau en hiver, 2è fuseau en été), de la longitude (Est-Ouest), du lieu où vous vous trouvez et enfin de la correction journalière, dite "équation du temps"* bien connue des marins et des aviateurs. Mais n'oubliez pas que chaque fois que vous lirez midi au cadran, le soleil sera plein Sud, tout près de sa culmination.

Une éternelle question se pose: "comment le montagnard connaissait l'heure par temps nuageux ?
- Les religieux, les responsables de la cité avaient des instruments complémentaires: des grands sabliers, des cierges gradués, horloges à eau apellée clepsydre, puis des horloges à feu, des mécaniques réglées sur les cadrans solaires verticaux peints sur les murs des édifices religieux. Ceux-ci servaient à sonner les cloches apportant les heures liturgiques montant par ondes sonores du fond des vallées. Sous tous les continents, dans toutes les civilisations, l'ingéniosité de l'homme pour avoir le pouvoir de maîtriser le temps des activités profanes et sacrées, lui fit inventer une multitude d'instruments appelés les garde-temps.
Se rapportant à la grande histoire des instruments de mesure du temps solaire, la gnomonique*, rassemble une grande diversité de forme, de matériaux et d'usage des cadrans solaires. Dans les observatoires astronomiques, le cadran de hauteur d'un plus grand format était posé pour mieux le stabiliser sur une table, en le pointant minutieusement en direction de l'astre solaire. Ce cadran mobile du berger des astres, est un des plus petits en taille, d'Est en Ouest il voyage précieusement au creux d'une main. "

©Atelier Tournesol.

Date de création : 16/06/2016 19:40
Catégorie : -
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Les photos de cadrans de la Vallouise et celle du cadran de Sainte Colombe sont d'Olivier Joseph, photographe.

Les photos du château de Chamerolles sont de Geneviève MAHAUD

Les photos de cadrans de l'Isère ont été faites par une proche Sylvie Jeanson. Merci à tous les trois.

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